En août 1906, 30 000 soldats prenaient part à l’assaut ou à la défense du bouclier fortifié de Langres. Une démonstration qui devait permettre à l’armée tricolore de prouver sa capacité à emporter la « Revanche ».
Une marée garance et bleu-horizon se déverse le 19 août 1906 en gares de Langres, Chaumont, Rolampont et Foulain. Les 18 trains affrétés pour l’occasion y acheminent plus de 17 000 soldats à proche distance de ce qui va leur servir de terrain d’entraînement pendant près de trois semaines. Ils seront finalement 30 000 à prendre part « aux plus grandes des manœuvres organisées en France entre 1870 et la Première Guerre Mondiale ». Ces grandes manœuvres nationales rappellent pourquoi l’état-major français tricolore a eu l’idée, à la fin du XIXe siècle, de faire du train une arme moderne.
Car telle fut bien la justification des manœuvres de forteresses de l’été 1906 : tester grandeur nature 30 ans de théories échafaudées autour de ce qui, à l’époque, constituait le meilleur moyen d’acheminement des charges lourdes. Ravitailler sa ligne de front en obus et en vivres n’était, a priori, pas si saugrenu que ça. « Ce sont les Français qui, les premiers, ont imaginé assiéger des forteresses en posant des rails pour acheminer du matériel lourd au plus près des positions ennemies ».
Deux jours de salves
Dans l’esprit des généraux français, l’utilisation du train répond alors à une visée offensive. Elle s’inscrit dans la « Revanche » qui anime le pays depuis 1872 et l’annexion de l’Alsace-Lorraine. Ballet rodé, les manœuvres de 1906 sont aussi un formidable coup de communication dont le message est on ne peut plus clair en ces temps revanchards. L’armée française entend prouver l’invincibilité qu’est censée lui prodiguer l’alliance du chemin de fer et de l’artillerie. Jamais pourtant la Grande Guerre ne lui offrira la possibilité de mettre à profit cette modernité.
Conçue dans une visée offensive, l’utilisation du train va se révéler bien inutile dans un conflit qui très vite, s’est enlisée dans les tranchées. Les manœuvres de l’été 1906 allaient, dès lors, rester comme un fait sans précédent… et sans prolongement.
Pourquoi Langres ? Le choix de la région langroise pour y organiser les manœuvres de forteresse de 1906 tient à trois faits.
- D’abord sa situation géopolitique. Depuis 1872, la place-forte lingonne est à environ 120 km de la frontière. En cas de tension avec l’Empire allemand, il aurait donc été facile pour les troupes en exercice de rejoindre les places-fortes de Verdun, Toul, Epinal et Belfort.
- Le second intérêt d’effectuer un siège de forteresse sur le plateau de Langres tenait à la topographie. Varié, le terrain permettait d’y pousser l’utilisation du train à son maximum et la création d’une ceinture de forts après 1872 était toute indiquée pour s’y essayer à l’assaut d’une place-forte.
- La troisième raison tenait directement au but premier des manœuvres, à savoir utiliser le train pour soutenir une offensive. Depuis 1857, une voie ferrée reliait Paris à Mulhouse, via Chaumont et Langres.